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4.1 Pourquoi un procès en 1997 entre les époux Aubrac et l'historien Gérard Chauvy ? |
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La fiche de travail du groupe est en téléchargement
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L’historien
Chauvy a publié un ouvrage intitulé : “ Aubrac, Lyon 1943 ”
dans lequel il s’attaquait aux époux Aubrac en laissant sous entendre que
ceux-ci seraient peut être coupable de trahison…
Le procès a fait beaucoup de bruits dans la presse française et a crée un mouvement de révolte chez les anciens résistants. Cette affaire a opposé deux légitimités : celle de la mémoire des témoins à celle du travail de l’historien.
1984 : Jacques Vergès, futur avocat de Klaus Barbie, affirme dans le film de Claude Bal, Que la vérité est amère, que Raymond Aubrac était un agent double. Il épuise toutes les voies de recours et est condamné définitivement pour diffamation.
11 mai 1987 : ouverture du procès de Klaus Barbie surnommé "le bourreau de Lyon". L'ancien responsable de la Gestapo lyonnaise est condamné en juillet de la même année par la cour d'assises de Lyon pour crimes contre l'humanité. Fin du premier procès Barbie.
Octobre 1987 : ouverture d'une seconde instruction, concernant "l'affaire de Caluire", c'est-à-dire l'arrestation par Klaus Barbie de Jean Moulin et de huit de ses compagnons le 21 juin 1943 dans la villa du Dr Dugoujon. Jacques Vergès, l'avocat de l'ancien responsable SS, pense tenir là le moyen de discréditer la Résistance.
13 décembre 1989 : Klaus Barbie reprend la thèse que Jacques Vergès avait développée en 1984. Il déclare ainsi au juge d'instruction lyonnais Jacques Hamy lors d'un interrogatoire, que Raymond Aubrac, après sa première arrestation au mois de mars 1943, avait accepté de "collaborer" avec son service...
25 septembre 1991 : mort de Klaus Barbie.
27 septembre 1991 : divulgation de l'existence du "testament Barbie", un document de 63 pages mettant une nouvelle fois en cause Aubrac, signé par l'inculpé et qui avait été rédigé par son avocat, Me Vergès, puis remis au juge Hamy le 4 juillet 1990. Celui-ci devra rendre un non-lieu dans cette seconde "affaire Barbie" puisque la mort de l'ancien responsable SS éteint l'action publique qui avait été engagée contre lui.
26 février 1997 : sortie en salles du film de Claude Berri, Lucie Aubrac, avec Carole Bouquet et Daniel Auteuil, co-produit par la région Rhône-Alpes et tourné en grande partie à Lyon. Le couple Aubrac participe à la tournée de promotion du film aux côtés des acteurs et du réalisateur.
3 avril 1997 : après avoir été ajourné par l'éditeur Albin Michel, le livre de l'historien et journaliste lyonnais Gérard Chauvy, Aubrac, Lyon 1943, est en librairie. La polémique a éclaté avant la parution de l'ouvrage, nourrie par les "révélations" sur son contenu publiées dans la presse.
9 juillet 1997 : publication dans Libération d'un cahier spécial de 24 pages où Lucie et Raymond Aubrac s'expliquent devant 8 historiens dont Daniel Cordier, biographe de Jean Moulin, Jean-Pierre Azéma, historien de la seconde guerre mondiale et Laurent Douzou, enseignant à Lyon 2 et spécialiste du mouvement Libération-Sud. Conclusion de Libération : "des zones d'ombre subsistent".
6 et 12 février 1997 : procès en diffamation contre l'ouvrage de Gérard Chauvy devant 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Me Kiejman défend les Aubrac, Me Forestier et Me Jakubowicz, avocats lyonnais, représentent respectivement les intérêts de Gérard Chauvy et de l'éditeur, Albin Michel.
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L’éditeur
de Chauvy (Thierry
Fister)
répond aux accusations contre Chauvy en formulant 3 arguments qui sont
les suivants :
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Diverses figures marquantes de la Résistance
se retrouvent pour lancer, dans 'l'Evénement du jeudi', un appel
commun contre 'la stratégie du soupçon'. 'NOUS n'acceptons pas que des historiens, ou prétendus tels, s'attaquent à la mémoire des morts et à l'honneur des survivants, sur la base d'archives parfois douteuses, souvent mal interprétées et toujours isolées de leur contexte historique. On a tout d'abord essayé, procédé misérable, de faire de Jean Moulin un 'agent de Moscou'. On a ensuite soutenu qu'Arthur London était en fait une victime complice du procès truqué que Moscou et Prague lui ont fait. Voici que, maintenant, on nous annonce la sortie d'un ouvrage supposé débusquer des failles dans le 'mythe' du couple Aubrac, sans que pour autant l'auteur, que le 'testament' de Klaus Barbie semble avoir fortement inspiré, ose aller aussi loin que le chef de la Gestapo de Lyon'. Alors que paraît au Seuil, avec retard, un ouvrage de Gérard Chauvy intitulé 'Aubrac. Lyon 1943', des figures marquantes de la Résistance et de la déportation estiment urgent de réagir. Elles soulignent: 'Nous n'acceptons pas cette stratégie du soupçon, de l'insinuation et de la rumeur: elle est moralement méprisable et historiquement (les vrais historiens le savent) infondée.' Les signataires tiennent à préciser: 'Ce n'est ni pour hier, ni même
pour une mémoire qui nous est chère, que nous sortons de notre
silence, mais pour aujourd'hui et pour demain. Car la Résistance,
quelles qu'aient été ses déchirures et ses faiblesses humaines, est
le socle même sur lequel on a rebâti la France républicaine et démocratique
que nous aimons et que nous voulons défendre. Or, on assiste
aujourd'hui, dans une société en crise, à une remise en cause de ces
valeurs qu'accompagne une poussée fascisante qui a besoin, pour se légitimer,
d'effacer l'honneur de la Résistance afin de faire oublier le déshonneur
de Vichy.' Les auteurs de cet appel mettent en garde: 'L'ombre de Vichy
plane sournoisement sur la France'. Evoquant hier, ils rappellent:
'Au-delà de ce qui nous séparait, nous avons tous su alors où était
l'inacceptable. Et aujourd'hui encore nous nous retrouvons pour dire ce
que nous n'acceptons pas.' L'appel est signé: Jean Mattéoli, Marie-José Chombart de Lauwe, Geneviève Anthonioz de Gaulle, Jean-Bernard Badaire, général Pierre de Bénouville, Claude Bouchinet-Serreulles, Léon Bouvier, Jean Brenas, Robert Chambeiron, Claude Hallouin, Jacques Larpent, Maurice Plantier, Serge Ravanel, colonel Henri Rol-Tanguy, Pierre Sudreau, Germaine Tillon, Robert Verdier, Maurice Kriegel-Valrimont et Adam Rayski.
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La « table ronde », est à l’initiative de Raymond AUBRAC qui décida de réunir des historiens spécialistes de cette période, pour qu’ils prennent position publiquement. La réunion se fut à Libération car pour Raymond AUBRAC c’est l’héritier du journal clandestin qui donna son nom à leur mouvement de résistance. Ensuite, il dû choisir les invités : des historiens de l’IHTP (Institut d’Histoire du Temps Présent). Outre Dominique Veillon, Jean-Pierre Azéma, François Bédarida et Henry Rousso, on invita Maurice Agulhon, professeur au Collège de France, Jean-Pierre Vernant, ancien professeur au Collège de France et Compagnon de la Libération, et Laurent Douzou, auteur d'une thèse publiée sous le titre La Désobéissance, histoire du mouvement Libération-Sud (Ed. Odile Jacob). Daniel Cordier, l'historien de Jean Moulin, participait à l'exercice. Le résultat. Selon Raymond Aubrac, "l'objectif essentiel fut atteint. Tous et chacun de nos «examinateurs» (sauf les journalistes qui étaient là en observateurs) affirmèrent d'emblée que l'accusation de trahison formulée par Me Vergès pour le compte de Klaus Barbie et plus ou moins validée par Chauvy était une infamie. Voici un extrait d'une note rédigée par Daniel Cordier, celui qui avait conseillé la confrontation et qui n'avait pas été notre interlocuteur le plus indulgent" : «Les cinq historiens présents (Azéma, Bédarida, Douzou, Rousso, Veillon) reconnus comme les meilleurs spécialistes de la Résistance ont mis en jeu plus que leur carrière, leur réputation quand ils se sont prononcés à l'unanimité. Les Aubrac sont innocents sans réserve et sans nuance.» «C'est un résultat prodigieux et c'est l'honneur du journal Libération (au nom prédestiné) d'en être le parrain.» «Désormais seuls les individus de mauvaise foi pourront répéter à satiété que les Aubrac ont trahi. Tous les citoyens sont maintenant instruits et savent que vous êtes innocents, grâce à la seule autorité de cinq historiens.» «Vous avez raison de soulever la question de l'hypothèse de
l'affabulation ou de la version d'une évasion prévue en réalité pour
un autre. Il est très simple de dire qu'aucun de nous n'a jamais accordé
la moindre créance à cette version ou affabulation.» Cette table ronde finit mal et se transforma en tribunal. Elle entraîna un débat organisé par un collectif d’historien, dans Libération. (voir Libération du 25/07/97) |
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"Chauvy
ne fait qu'insinuer et semer la confusion"
Serge Ravanel, qui deviendra le chef national des Groupes Francs, a été arrêté en même temps que Raymond Aubrac le 15 mars 1943 dans la souricière du 7, rue de l'Hôtel-de-Ville. Il s'évade de l'hôpital de l'Antiquaille grâce à plusieurs résistants, dont Lucie Aubrac. Avec les membres des Groupes Francs, Serge Ravanel prépare l'attaque du fourgon de transfert des prisonniers, boulevard des Hirondelles qui a permis la libération de Raymond Aubrac le 21 octobre 1943.
(1) Henri Frenay est
l'un des chefs d'Etat-Major de l'Armée secrète. |
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Le tribunal a condamné Gérard Chauvy à 60.000 francs d’amende et son éditeur Albin Michel à 100.000 francs d’amende. Chauvy et son avocat Maître Bigot ont fait appel de ce jugement. Pour la défense de Chauvy, Me Bigot a invoqué les droits de l’historien. La défense a réclamé que l’on ne retienne pas les accusations pour diffamations en soutenant que Gérard Chauvy avait pris de la distance par rapport aux documents et en proclamant “ l’irrévérence de l’historien ”. Gérard Chauvy, lui , a déclaré qu’il avait simplement posé des questions, estimant n’exercer que son métier d’historien et qu’il n’avait en rien attaqué la Résistance. Les plaignants ont réclamé 2.000.000 de francs de dommages et intérêts pour les reversés à la Fondation de la Résistance.
Finalement la 11eme chambre de la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement en maintenant leurs amendes et leurs condamnations et à payer solidairement 400.000 francs de dommages et intérêts.
Mensonge ou vérité ? Voilà le doute qui subsiste après avoir analysé cette affaire. Bien que la vérité soit évidente a nos yeux, on ne peut pas de nos jours juger l’authenticité du testament de Barbie qui a joué un rôle très important dans cette affaire. Ce procès a pris d’importantes proportions et a suscité beaucoup de réaction mais finalement, la cour a tranché en faveur de Raymond et Lucie Aubrac en jugeant qu’on ne pouvait pas contester la véracité de leur histoire.
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